Les travailleurs de l’odeur : senteur de frites (3/3)

De leurs professions on ne retient souvent que des émanations nauséabondes. Vivien, Kevin et Quentin ont quotidiennement le nez dans les ordures, les entrailles ou la friture. Portraits croisés de ces travailleurs de l’odeur. 

Un Coca à la main, Quentin sort du MacDonald’s du XVIII ème arrondissement où il travaille depuis cinq ans. Il profite de sa pause pour fumer une cigarette. Les cheveux gominés, il confie : « L’odeur d’huile est partout. Mes mains sentent, mes cheveux, tout. » Son uniforme noir satiné, lui, est impeccable. La direction oblige l’employé de 22 ans à le laver par ses propres moyens « tous les deux jours. »

Du fast-food américain, il ne ramène pas que des burgers invendus, mais aussi une effluve tenace de friture. « Le pire, c’est aux frites, explique-t-il. On est constamment à 20 centimètres des machines, on a de la graisse et du sel sur les doigts, le visage. » Il y a l’émanation constante de « graille » mais aussi « la chaleur intenable » des friteuses qui favorise la transpiration. « A la fin de la journée, je suis aussi transpirant que si j’avais fait trois heures de sport. On pourrait croire qu’on grossit au MacDo mais moi, je perds un kilo par mois ! », plaisante le jeune homme.

En rentrant chez lui, le premier réflexe de Quentin est de prendre une « bonne douche ». « A la fin de la journée, ma peau brille, est grasse, déplore le manager. C’est vraiment dégoutant. » Pour rejoindre son appartement du XXème arrondissement, le jeune garçon a l’habitude de prendre le bus. « Personne n’a jamais changé de place à cause de l’odeur de frites », s’amuse t-il. A part quelques plaisanteries de la part de ses proches, Quentin n’a pas l’impression que « l’odeur MacDo » lui colle à la peau. « Je ne me plains pas. Il y en a qui sont éboueurs, ça pourrait être pire », reconnaît-il. Le jeune homme ne compte pas travailler au fast-food toute sa vie. Son rêve, c’est de cuisiner « dans un grand restaurant  ». En imaginant les senteurs de la bonne viande et des sauces mijotées, il s’échappe un instant de la vision maussade des burgers avachis.

Chloé Rochereuil

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