Hygiène féminine : attention à la facture !

Mais pourquoi donc est-il plus cher en rose ? Selon le sexe de la personne à laquelle il est destiné, un rasoir identique n’a pas le même prix. Et c’est le cas pour d’autres produits d’hygiène : les femmes les paient plus cher.

Avoir une bonne hygiène coûte plus aux femmes qu’aux pour les hommes. C’est la conclusion que tire le site monsieurdrive.com d’une étude effectuée en 2014. La différence moyenne entre le panier masculin et féminin s’élève ainsi à 4%.

Ils ont appelé ça la « Taxe rose ». Il y a un an, le collectif « Georgette Sand » entreprend de dénoncer  le surcoût des produits destinés aux femmes par rapport à ceux qu’utilisent les hommes. Il le fait dans un Tumblr qui recense beaucoup de produits d’hygiène.

L’exemple devenu emblématique est celui des rasoirs jetables. Pour des 3 lames identiques, les rasoirs pour femmes (roses) sont plus chers que les rasoirs pour hommes de 4,20 euros. Alors qu’hormis la couleur, ces rasoirs sont strictement identiques.

images rasoirs hommes femmes
Crédit: womantax/twitter

Mais, la polémique a changé d’ampleur avec le tweet de Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée des Droits des femmes :

Conséquence : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des Fraudes (DGCCRF) a mené une étude pour évaluer la différence réelle entre les « prix hommes » et les « prix femmes » de l’hygiène.

Pour les rasoirs jetables, une étude du site comparateur de prix sur internet Monsieurdrive.com révèle qu’il existe une différence de l’ordre de 30% en moyenne, dans les magasins français, pour ce produit de première nécessité.

La « Taxe rose » ou « Women Tax » aux Etats-Unis a été évoquée, en premier, par le magazine Forbes. En mai 2012, le panier moyen des produits destinés aux femmes coûtait, sur un an, 1400 dollars (1100 euros) de plus que celui destiné aux hommes.

« Tous les produits markétés en rose sont plus chers… et sensiblement ! », s’agace Marie Allibert, porte-parole du collectif Osez le Féminisme. Selon elle, le crime profite aux enseignes. « Ces actions marketing n’ont qu’un seul but, maintenir les stéréotypes de genre en faisant de l’argent dessus ». Elle explique que la lutte contre ces inégalités est difficile car tout est fait pour inciter les femmes à « consommer du rose ». « Tout d’abord, on crée un besoin qui n’existe pas, celui de produits spécifiques aux femmes. Ensuite, les magasins sont conçus de telle façon à inciter les femmes à la consommation de tels produits. » Dans la plupart des magasins, les rayons ne sont pas seulement organisés par produits mais aussi par genre. Ainsi, au plus proche des denrées alimentaires se trouve le début du rayon avec tous les produits roses. Puis, plus au fond du rayon se trouvent les produits bleus. « On crée ainsi un circuit genré au sein des magasins. »

La pression sociale exige des femmes la beauté

Toutefois, les enseignes se défendent de toute discrimination faites aux femmes. Ils mettent en avant des produits qui, eux, coûtent plus chers pour les hommes. Les déodorants aérosols Monoprix coûtent, par exemple, 2,06 euros pour les hommes et 1,88 euro pour les femmes. Pour les enseignes, la différence de prix s’explique par une demande qui n’est pas homogène :  les femmes sont prêtes à mettre plus d’argent pour les produits d’hygiène que les hommes, assurent-ils. Il suffit d’ajouter un petit rappel à la féminité, comme du rose, et la pression sociale, qui exige d’une femme la beauté, fera le reste !

Les conclusions de l’étude commandée par le gouvernement ne sont pas encore publiées. Pascale Boistard a précisé qu’elle engagerait une réflexion avec les directeurs d’enseignes pour égaliser les prix, si les conclusions révélaient des pratiques marketing sexistes.

Le collectif « Georgette Sand » ne s’est tout de même pas privé de rappeler que le gouvernement n’est pas exemplaire en matière d’égalité homme femme. Le 15 octobre dernier, alors qu’un amendement demandait à faire passer la TVA sur les protections périodiques de 20% à 5,5% (comme tous les produits de première nécessité), le gouvernement s’était opposé à cette mesure. Depuis, le collectif continue à mener des actions pour dénoncer cette « taxe tampon », comme toutes les formes de « taxes » invisibles qui s’appliquent aux femmes pour motif de … féminité.

Julien Tranié

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