Maladies nosocomiales : le combat permanent

L’hôpital est un lieu sûr, bien gardé et propre… en apparence. Lors d’une admission, tout semble sous contrôle. Tout, vraiment ? Environ 4.000 personnes meurent chaque année d’infections nosocomiales dans les hôpitaux français.

L’austérité des meubles, la blancheur des murs, l’odeur de la javel nous rassurent. Le sol semble immaculé malgré le passage incessant des patients et des soignants dans les couloirs. Quand on vous ausculte, les instruments neufs ou stérilisés sortent d’un emballage en plastique…  Alors pourquoi tombe-t-on malade à l’hôpital ?

Maladies nosocomiales… un drôle de nom qui recouvre un phénomène découvert récemment, très complexe et qui peut toucher tout le monde. Il s’agit d’infections contractées au cours d’un séjour dans un établissement de santé, qui sont absentes au moment de l’admission et apparaissent en général après 48 heures d’hospitalisation.

« Ces maladies ont été favorisées par le progrès de la médecine. En cause, l’introduction de nouveaux traitements (de types immunosuppresseurs ou anti-microbiens à large spectre) ou encore l’augmentation des procédures invasives et des instruments médicaux », explique Christophe D’Enfert, chercheur de l’Institut Pasteur.

Les principales infections contractées par les patients : 

stats

Qui sont les plus concernés ?

Les risques de contamination sont élevés pour les plus fragiles. Les plus de 65 ans, comme les très jeunes enfants, sont davantage concernés tout comme les patients atteints d’une maladie sévère, immunodéprimés (séropositivité pour le VIH, chimiothérapie), les patients opérés ou exposés à un dispositif invasif (sonde urinaire, cathéter vasculaire ou intubation/trachéotomie).

« Ma fille Marie a failli y passer », confie Véronique, mère de trois enfants. Sa fille de deux ans, admise pour un long séjour à l’hôpital du Havre en raison d’une maladie génétique, a contracté une maladie nosocomiale à cause d’un cathéter infecté.  Véronique parle de la colère qu’elle a ressentie : « À trois jours de la sortie de l’hôpital, c’est un prolongement de trois semaines qui est décidé par les médecins avec, en plus, un passage par le bloc opératoire pour enlever le cathéter. Le plus difficile est d’expliquer à l’enfant qu’elle devra rester beaucoup plus longtemps. C’est extrêmement difficile ».

Véronique a elle-même travaillé 15 ans comme infirmière-puéricultrice en réanimation pédiatrique des enfants prématurés. Le système immunitaire de ces enfants n’étant pas « fini », ils sont  vulnérables aux maladies nosocomiales. Le maintien de l’hygiène est crucial dans un service de ce type. Tout doit être aux normes et bien surveillé car l’eau est le vecteur le plus important de la transmission des microbes. « L’eau des lavabos de chaque bloc est analysée toutes les semaines, raconte Véronique. Des prélèvements sont également effectués dans des appareils comme les incubateurs, qui sont des lieux humides. » Les établissements de santé sont soumis à des protocoles afin de stériliser tout ce qui est en contact avec les nouveau-nés. « On a eu des cas de décès de bébé dus à des maladies nosocomiales essentiellement à cause des cathéters, ce petit tuyau qui remonte quasiment jusqu’à l’entrée du cœur et que l’on doit manipuler de façon à les maintenir stériles ».

Les maladies nosocomiales concernent tout autant le personnel médical. « En travaillant en contact direct avec les malades, j’ai moi-même contracté ce type de maladies », explique l’ancienne infirmière. Elle déplore, par ailleurs, le manque de financement des hôpitaux face à ce problème. Le personnel n’est pas assez nombreux. « Tout se fait vite, les stérilisations, etc. Nous ne faisons pas encore tout le nécessaire pour éviter totalement l’apparition des maladies nosocomiales. » 

L’étude de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) faite en 2012 montre qu’un patient hospitalisé sur vingt (5%) contracte une infection dans l’établissement où il est soigné. Un chiffre à peu près stable depuis 2006 qui représente environ 750 000 infections par an, cause directe de 4 000 décès en France.

« Je me bats pour que cela n’arrive plus avec d’autres personnes », raconte Philippe, 58 ans, originaire de Franche-Comté, victime d’un staphylocoque doré lors d’une série d’interventions chirurgicales pour des fractures lors d’un accident en deux roues. Aujourd’hui, il ne peut plus marcher sans ressentir des douleurs malgré un lourd traitement aux antibiotiques. La Commission régionale de Conciliation et d’Indemnisation des Maladies nosocomiales (CRCI) a été saisie de son cas en vue d’une indemnisation. 

Trois bactéries sur le banc des accusés

Capture d’écran 2015-12-10 à 14.28.18 copie
Les trois principales bactéries responsables des maladies nosocomiales (en %).

Human_neutrophil_ingesting_MRSA.jpg

Le staphylocoque doré n’a pas bonne réputation. Néanmoins, il faut savoir que cette bactérie existe de façon inoffensive dans les voies nasales, la gorge et sur le périnée d’environ 15 à 30 % des individus. Le problème survient quand il contamine des parties du corps qu’il n’aurait pas dû atteindre lors d’une opération. L’Escherichia coli  vit naturellement dans les intestins. Le Pseudomonas aeruginosa se développe dans les sols et en milieu humide (robinets, tuyauteries…)

Le patient est le vecteur qui « importe » les bactéries à l’intérieur de l’hôpital. L’hygiène est un paramètre essentiel lors des contacts entre patients et soignants.

On recense des cas particulièrement tragiques comme celui de Priscilla en 2011. Cette Bordelaise alors âgée de 36 ans et mère de trois enfants, se voit amputée des deux pieds, de l’avant-bras droit et de la main gauche suite à une contamination par un streptocoque pyogène de type A lors d’une IVG. Le gynécologue de garde ayant tardé à prescrire une antibiothérapie a été mis en examen pour blessures involontaires. 

L’acteur Guillaume Depardieu a subi plusieurs interventions chirurgicales. Durant son dernier séjour à l’hôpital, il fut infecté par un staphylocoque doré. Il y meurt en 2008, trois jours après avoir contracté la maladie.

Quels sont les services médicaux à risques ?

Parmi les types d’établissement les plus concernés se trouvent les centres de lutte contre le cancer. Parmi les types de séjour, on dénombre de 0,8% d’infections en obstétrique contre 23,2% en réanimation où les gestes invasifs à risques sont nombreux (intubations, sondes urinaires…). La durée du séjour accroît le risque. Il y a 15 fois plus d’infections lors de séjours longs (30 à 89 jours) que lors de séjours courts (deux à sept jours).

Qui surveille les infections nosocomiales  ? 

La prévention des ces infections est assurée par une équipe opérationnelle d’hygiène hospitalière (EOHH), composée d’un médecin ou d’un pharmacien hygiéniste, d’une infirmière hygiéniste et, parfois, de techniciens bio-hygiénistes. Les établissements de santé doivent signaler les infections nosocomiales à l’Agence régionale de santé (ARS) et au Centre de coordination de lutte contre les infections nosocomiales (CCLIN) dont ils dépendent. L’ARS transmet ensuite le signalement à l’Institut de veille sanitaire (InVS) pour une analyse nationale des cas.  Le réseau d’alerte, d’investigation et de surveillance des infections nosocomiales (RAISIN), coordonnent la surveillance des infections. Un combat permanent dont les établissements de santé se passeraient bien.

Assel Kipchakova

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s