Les travailleurs de l’odeur : fumet d’ordures (1/3)

De leurs professions on ne retient souvent que des émanations nauséabondes. Vivien, Kevin et Quentin ont quotidiennement le nez dans les ordures, les entrailles ou la friture. Portraits de ces travailleurs de l’odeur. 

Elancé, rasé de près, Vivien est un garçon « propre sur lui ». Pour le jeune homme de 28 ans, les poubelles c’est « une histoire de famille ». Il y a sept ans, Vivien a rejoint Paris pour devenir éboueur et suivre les traces de son père, « dedans » pendant plus de trente ans.

« Je gagne en six mois ce que d’autres gagnent en un an», confie Vivien.   En dépit d’un salaire attractif (au moins une fois et demi le smic, ndlr) et d’un emploi du temps relativement léger, on ne retient souvent du métier d’agent de propreté urbaine qu’un vulgaire tas d’ordures. « On passe inaperçu, sauf quand on gène le passage », s’amuse le jeune homme. Il y a les crottes de chiens que certains employés « rechignent à ramasser », les fruits écrasés à la fin du marché et même des carcasses d’animaux morts par ci par là, mais Vivien ne se plaint pas : « Ca ne sent pas tant que ça, à part en été avec la chaleur. »

« C’est un peu dur ce cliché, mais on s’y fait »

Même si le port des gants est obligatoire, « pour éviter de se couper », le jeune homme n’a « aucun problème à prendre des ordures à mains nues ». L’effluve des poubelles, elle, se dissipe aussitôt l’uniforme tombé. « L’odeur ne reste pas, on sent surtout la transpiration à la fin de la journée ! », reconnaît le fonctionnaire. Vivien n’a jamais essuyé de remarques désobligeantes de la part de son entourage. « Ils n’ont pas intérêt », plaisante t-il. La plupart du temps, les moqueries viennent « des gamins qui passent derrière le camion en criant que ça pue ». « C’est un peu dur ce cliché, mais on s’y fait », confie t-il.

Il faut dire que Vivien est un endurci des effluves nauséabondes : avant d’être éboueur, il débarrassait les appartements de particuliers après leur décès. Une senteur macabre « bien plus dérangeante » selon lui. Insensible aux odeurs, le jeune homme déteste en revanche le bruit. Il espère rapidement pouvoir retrouver le grand air de la campagne et fuir la capitale, « trop bruyante, trop polluée ».

Chloé Rochereuil

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