Le TOC de la propreté, un handicap au quotidien

43% des Français ne prennent pas de douche quotidiennement. Si certains considèrent la toilette comme futile, d’autres en ont une réelle obsession. Peur de la saleté, d’être contaminé, d’aller dehors voire de mourir, les tocs liés à l’hygiène sont nombreux et représentent un handicap pour ceux qui en souffrent.

3 % des Français souffrent de TOC. Si le chiffre paraît faible, les conséquences de ces troubles peuvent être considérables. Mais qu’est ce qu’un TOC ? Sigle pour trouble obsessionnel compulsif, c’est une obsession qui conduit à la ritualisation d’une action pour apaiser l’anxiété. Si un objet tombe à terre, l’individu atteint de TOC va considérer qu’il est sale et le laver intensément pendant plusieurs heures. Une fois l’état « initial » de l’objet retrouvé, le rituel de lavage prend fin.

« Je suis sale, je suis sale, je suis sale. »

La thérapeute Cécile Mersali explique :

« Tout commence avec une pensée intrusive. Alors que tout semblait aller, le malade va avoir une pensée envahissante. Souvent, dans le cas de l’hygiène, il va se répéter sans cesse  « je suis sale, je suis sale, je suis sale » jusqu’à s’en convaincre. L’angoisse et le stress s’accumulent jusqu’au moment où le malade n’en peut plus. Il a alors des compulsions, des gestes répétitifs à travers lesquels il va libérer son anxiété. C’est la tête qui crée la tension mais ce sont les gestes qui permettent de l’évacuer. »

En répétant machinalement une action, le malade va, pour un court instant, réussir à se calmer. Jusqu’à ce que le stress revienne, encore plus fort. Les TOC relatifs à l’hygiène font partie des plus handicapants, comme l’explique Thibaut Josse, psychologue à l’AFTOC  :

« Souffrir d’un TOC de propreté a des répercussions sociales, familiales et professionnelles. Prenez quelqu’un qui ne peut se calmer qu’après avoir pris une douche de quatre heures. Que peut faire cette personne ? Soit elle se lève à quatre heures du matin tous les jours pour prendre sa douche et pouvoir partir au travail. Ou alors elle démissionne car son trouble est devenu trop envahissant. Les cas de démission et d’enfermement chez soi sont très fréquents dans ce genre de situation. » 

« Parce que ça vient du dehors, ils ont peur d’être infectés et de mourir »

Les témoignages livrés par les patients atteints de TOC de propreté révèlent un enfer quotidien. Parmi ces malades, Boris (le prénom a été modifié), un jeune homme de 18 ans. Depuis peu, sa mère a pris rendez-vous pour lui chez un psychologue. Elle raconte :

« Depuis quelques mois, mon fils a commencé à se laver les mains de plus en plus fréquemment et de plus en plus longtemps. Il trouve aussi que tout est sale : son téléphone, mon téléphone, son sac, ses manuels de l’école, ses cahiers, les poignées de porte… Il prend une douche qui dure 3h. Ses mains sont desséchées et abimées. Pour éviter d’abimer ses mains, il porte des gants. Et après avoir porté des gants, il développe de l’eczéma. »

Ce genre de témoignages n’est pas isolé. Sur de multiples forums internet, de nombreux malades tentent de trouver la solution à leurs problèmes.  Si tous ont en commun la peur de la saleté et l’obsession de l’hygiène, chacun a son propre rituel. Certains refusent de sortir ou recevoir des amis quand d’autres préfèrent nettoyer leur appartement quotidiennement pendant des heures.

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Crédit photo : Julie-Solveig Saint-Germes.

Saletés, chaussures, poussières : les objets du quotidien sont les ennemis principaux des personnes atteintes de TOC. Cécile Mersali se souvient d’ailleurs de certains patients :

« Chaque fois qu’ils allaient faire les courses, ils ne pouvaient s’empêcher de tout nettoyer. Une fois les courses entrées dans la maison, le rituel de lavage se mettait en place. C’est la peur des bactéries et du poison qui provoque le rituel. Parce que la nourriture vient du dehors, elle peut, selon eux, être infectée et donc les tuer. »

Malades et entourage : même combat

Peur de mourir, de voir des amis, de sortir… toute la vie de ces malades tourne autour de l’hygiène. Les proches peuvent aussi être affectés par ces TOC. Ce sont  eux qui souvent contactent un psychologue. Thibaut Josse explique :

« Il y a des cas où le patient ne se rend pas compte de lui-même qu’il est atteint d’un TOC. Ses actions sont inconscientes voire naturelles. Et parce que le patient n’en a pas conscience, elles empirent. Ce sont donc ses proches qui vont nous contacter. S’ils ne se sont pas rendu compte du TOC sur le coup, ce sont les marques comme des plaies, de l’eczéma, des plaques causés par le lavage excessif qui vont les alerter. »

Certaines personnes sont même directement victimes des TOC de leurs proches. C’est le cas des nouveau-nés. 10% des jeunes mamans sont en effet sujettes au TOC à la naissance de leur bébé. Par peur de voir leur enfant tomber malade à cause de la saleté, elles en arrivent parfois à les laver jusqu’à l’excès, provoquant des plaies, de l’eczéma voire des allergies. Pour les médecins cependant, il ne s’agit là que d’un trouble temporaire correspondant à un état émotionnel particulier. 

De quelques mois à 6 ans de rémission

Unique solution pour soigner les TOC, la « prévention de la reprise » est une thérapie qui apprend au patient à ne pas reproduire le rituel de lavage quels que soient les circonstances. Un des exercices le plus souvent réalisé dans les cabinets est le suivant : le psychologue jette un objet par terre et demande à son patient de le ramasser. Même si l’angoisse monte, il doit pouvoir ramasser l’objet sereinement, sans penser qu’il sera sale ou infecté et sans vouloir le laver.

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Crédit photo : Julie-Solveig Saint-Germes.

Si l’exercice paraît simple, il est en réalité d’une grande complexité. Imaginez que l’on vous interdise de penser à quelque chose, forcément vous allez y penser sans cesse. C’est exactement ce qui arrive au patient atteint de TOC lors de sa prise en charge par un psychologue. Quand le patient ramasse un objet par terre, il ne doit pas penser que l’objet est sale et forcément… il y pense sans arrêt. L’exercice est donc difficile et le traitement du TOC peut être long. Selon Thibaut Josse, il faut parfois attendre six ans pour avoir un patient guéri. Et s’il est pris en charge trop tard, une simple manie transformée en TOC peut devenir une phobie.

Julie-Solveig Saint-Germes

 

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